Un AOUSTIN en Martinique

Notre aïeul François AOUSTIN, maître-charpentier, décède le 16 juin 1853 à 38 ans sur le bateau l’Aurélie, 2 mois après son arrivée à Saint Pierre de la Martinique.

Petits enfants de François AOUSTIN

Sur le registre des matricules des « gens de mer », on retrouve la fiche de François AOUSTIN qui nous permet de retracer les dates de ses 3 derniers voyages:

Fiche matricule de François AOUSTIN

François mesure 1m61 et y est décrit avec les cheveux et les sourcils châtain, le front haut et les yeux bleus, avec un nez moyen et une bouche moyenne, un menton rond pour un visage ovale.

Signature de François AOUSTIN
lors de son mariage

Il a épousé Jeanne Halgand en mai 1842 et est recensé matelot de 3ème classe dès septembre 1842, alors âgé de 27 ans.

François embarque le 22 novembre 1849 au Hâvre en tant que matelot charpentier sur le trois-mâts le Levaillant. Il revient et débarque 5 mois plus tard le 20 avril 1850 au Hâvre.

Après 6 semaines de repos, il rembarque au Hâvre, cette fois en tant que maître charpentier, sur un autre trois-mâts, le Soundary le 4 juin 1850. On ne connait pas son voyage qui dure 20 mois et le ramène à Nantes le 6 février 1852.

Après cette fois 2 mois de repos, il repart le 4 avril 1852 de Nantes, toujours en tant que maître charpentier, sur le trois-mats l’Aurélie. Il débarque à Saint Pierre de la Martinique un an plus tard, le 20 avril 1853. Il décède le 16 juin à l’Hopital maritime de Saint Pierre.

L’histoire du trois-mats l’Aurélie marque l’arrivée des Indiens en Martinique et est racontée par Guy GAMESS (source initiale: http://www.hello-caribbean.com)

Le 6 Mai 1853, le premier vaisseau français, l’Aurélie, transportant 314 « coolies » jette l’ancre au port de Saint-Pierre, à la place des Mosges, et ouvre la voie de l’immigration massive vers les colonies françaises.

Désignée jadis par les Grecs et les Romains sous les noms de « Sel Indien » ou de « Miel d’Asie », la canne à sucre a façonné l’histoire de l’île qui s’appelle la Martinique. Depuis 1654 et pendant plus de 200 années, elle connaît une grande prospérité fondée sur l’exploitation de la canne à sucre. Et, nombreux furent les hommes qui y contribuèrent, pendant des années, au détriment de leur vie, des engagés européens mais surtout des esclaves africains.

Puis arriva l’abolition de l’esclavage le 22 Mai 1848. Cette date sonne le réveil de cette société qui vit presque en léthargie au rythme des récoltes. Cette révolution modifie en profondeur la donne sociale et économique de l’île. Pour les 73 000 esclaves, les 38 000 noirs libres et les 9 000 blancs qui exploitent principalement les 900 sucreries, le temps du changement est arrivé…

Deux ondes de choc vont se propager à partir de cette date :

  • l’une économique et sociale : des banques naissent à cette période pour résoudre des problèmes nouveaux d’organisation du travail par la rétribution des salariés.
  • l’autre, culturelle et sociale : des êtres humains venus d’un nouveau continent, l’Asie, venus avec leurs coutumes, leurs langues, leurs religions et leur famille. De 1853 à 1885, 25 509 Indiens, en provenance des 5 comptoirs français (Pondichéry, Karikal, Chandernagor, Yanaon, Mahé) et de Calcutta arrivent à la Martinique pour travailler sur les habitations sucrières. Les planteurs de l’époque sont convaincus que seule l’immigration peut maintenir la rentabilité de leurs exploitations. Ils essaient d’abord des européens sous contrat, dès 1849, mais ils jugent les résultats insuffisants. Puis, influencés par les îles anglophones dont l’abolition de l’esclavage a été plus ancienne, ils décident d’importer la main d’œuvre du sous continent indien en 1852.

Le 6 mai 1853, les hommes qui débarquent sont des sujets britanniques. Ils viennent d’un pays qui, aujourd’hui encore, utilise plus de 1 600 langues et dialectes dont 15 langues importantes et de 13 alphabets différents, y compris l’alphabet latin. Ils sont des « coolies » ce qui veut dire « travailleurs de peine », terme usité dans toute l’Asie. Ils traversent les mers sur des bateaux pendant 100 jours et touchent une avance sur leur travail avant le départ pour un contrat de 5 ans. Ils sont taraudés par la peur : la malédiction du « Kalapani » qui frappaient tous ceux qui quittaient l’Inde.
Par la suite, les indiens ont été davantage des témoins de l’histoire martiniquaise que de véritables acteurs. Ils vivront pendant environ 70 ans en symbiose avec le reste de la population, subissant souvent les mêmes sévices, connaissant les mêmes désillusions participant à l’évolution de l’économie martiniquaise, mais en dérogation complète avec le droit du sol… car ils sont demeurés longtemps des sujets britanniques et n’ont acquis la qualité de citoyens français que le 9 Mars 1923.

Haut de page: source « CD ROM AMB Fonds Jeanvrot, extrait 40S10 »

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